Pseudo-science dans le mouvement pour les droits des animaux

Traduction de l’essai “Pseudoscience in the Animal Rights Movement” écrit par Casey Taft.

Casey Taft est copropriétaire de Vegan Publishers et professeur de psychiatrie à l’École Universitaire de Médecine de Boston. Chercheur de renommée internationale dans le domaine de la prévention de la violence, il a reçu des prix prestigieux de la société internationale pour les Études sur le Stress Traumatique, de l’institut sur les Violences, Abus et Traumatisme et des Centres de contrôle et de prévention des maladies. Il a publié plus de 100 articles de revues, chapitres de livres et rapports scientifiques, ainsi qu’un livre à paraître sur la prévention de la violence fondée sur les traumatismes, publié par l’Association américaine de psychologie. Il est l’auteur notamment de Millennial Vegan et de Motivational Methods for Vegan Advocacy: A Clinical Psychology Perspective.


J’ai déjà exprimé des inquiétudes au sujet de recherches dans lesquelles le Humane Research Council (maintenant Faunalytics) avait mal interprété leurs données pour faire valoir que nous devrions plaider pour la réduction de la consommation la viande plutôt que de promouvoir le véganisme. Comme je l’ai noté, leurs données montraient en fait le contraire de leurs conclusions et indiquaient que nous devrions vraiment promouvoir le véganisme plutôt que le “réductionnisme”. D’autres défauts de l’étude étaient qu’il n’y avait pas d’hypothèses vérifiables basées sur la théorie et ils ont mal défini le véganisme et l’ont mesuré uniquement comme un régime (plutôt que comme une position éthique contre l’utilisation des animaux). De plus, ils n’ont pas soumis leurs conclusions à un examen par les pairs, ce qui est la pratique courante dans la communauté scientifique.

Ainsi, lorsque j’ai vu qu’un groupe différent, les Humane League Labs, avait publié une étude récente qui concluait de la même façon que nous devrions encourager les gens à réduire leur consommation animale plutôt que de l’éliminer complètement, j’étais naturellement sceptique. J’ai lu le rapport complet, cependant, pour voir si leurs données correspondaient à leurs conclusions. Comme je m’en doutais, elles ne le faisaient pas fait.

Le postulat de cette étude est un postulat que nous avons tous déjà vu. Ils ont administrés des livrets qui “traitent de la cruauté de l’élevage industriel et de l’avantage pour la santé de retirer les produits d’origine animale de son alimentation “. Ensuite, les auteurs ont utilisé huit livrets différents qui ont fait des demandes différentes — certains demandant aux lecteurs de “manger vegan” ; d’autres demandant aux lecteurs de “manger végétarien” ; certains qui encouragent les lecteurs à “manger moins de viande” ; et d’autres qui encouragent les lecteurs à “cesser ou réduire” la consommation de viande et autres produits d’origine animale.

Comme dans la dernière étude que j’ai critiquée, il y a de sérieux problèmes théoriques et méthodologiques avec celle-ci. Encore une fois, l’un des problèmes majeurs de cette recherche est que le véganisme n’est pas bien représenté. Une approche de communication vegan ne se concentrerait pas seulement sur “l’élevage industriel” mais discuterait de l’éthique de l’utilisation des animaux de toutes les façons. Il ne mettrait pas non plus l’accent sur la santé. Donc, encore une fois, si les auteurs veulent faire des inférences au sujet du message vegan et de son efficacité, alors le message vegan devrait être utilisé.

Je ne vais pas examiner en détail les problèmes méthodologiques, mais l’approche utilisée ne serait probablement pas considérée comme acceptable si elle devait faire l’objet d’un examen scientifique par les pairs. Les principaux problèmes comprennent un faible taux de réponse (moins de la moitié) au suivi et aucune prise en compte des données manquantes (c.à.d. une analyse des données manquantes) ; le recours à des “scores de changement” qui est une approche analytique des données assez faible ; un manque de clarté quant à savoir si les participants ont été randomisés en fonction des conditions ; et la taille inégale des groupes.

Ce qui est beaucoup plus préoccupant, cependant, c’est la façon dont les données ont été mal interprétées pour être en accord avec la vision du monde de ce groupe. Ceux qui se trouvaient en condition de “contrôle” ont réduit leur consommation de viande et de produits laitiers plus que tout autre groupe. De plus, les seuls résultats statistiquement significatifs étaient ceux qui démontraient que les personnes en condition de contrôle réduisaient davantage leur consommation que celles qui recevaient des messages différents. En d’autres termes, le seul résultat “significatif” des principales analyses de données est que les individus réduisent davantage leur consommation de viande et de produits laitiers lorsqu’on ne leur demande pas de changer quoi que ce soit que lorsqu’on leur demande d’apporter des changements à leur consommation. Ces résultats contre-intuitifs suggèrent que les questions méthodologiques que j’ai examinées précédemment peuvent rendre l’ensemble de ces résultats discutables. Bref, les résultats n’ont pas vraiment beaucoup de sens, et il y a lieu d’être sceptique quant à la possibilité d’en retirer quoi que ce soit.

Les auteurs, d’autre part, ont interprété des résultats qui n’étaient pas statistiquement significatifs pour conclure que le message “cesser ou réduire” sa consommation de viande et d’autres produits animaux “pourrait être l’approche la plus efficace” pour amener les gens à réduire leur consommation de produits animaux. Ces conclusions sont injustifiées compte tenu des résultats réels, de l’absence de signification statistique des différences entre les groupes (à l’exception des différences montrant que ceux qui ne reçoivent pas de message ont le plus diminué leur consommation) et des questions méthodologiques qui remettent en question la validité des données.

La pseudoscience est “une allégation, une croyance ou une pratique qui est présentée comme scientifique, mais qui n’adhère pas à une méthodologie scientifique valide, manque de preuves ou de plausibilité, ne peut être testée de façon fiable ou n’a pas de statut scientifique.” Lorsqu’un groupe élabore une étude et interprète mal les résultats erronés pour coller à son mode de plaidoyer préféré, il s’engage dans la pseudo-science. De telles pratiques semblent n’être que trop courantes dans le domaine de la défense des animaux, ce qui est décevant et potentiellement dangereux. Les médias et d’autres groupes rendent compte des conclusions de cette recherche en supposant qu’elle est valide. Les organisations qui mènent ce genre de travail peuvent prétendre à tort que leur forme de plaidoyer est “fondée sur des preuves”. Il est potentiellement nocif pour les animaux de promouvoir la notion d’une forme de plaidoyer comme étant plus efficace qu’une autre basée sur une recherche imparfaite et sérieusement biaisée. Nous pouvons et devons faire mieux que cela.

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