Utilisation abusive du terme “efficace” dans le cercle de défense des animaux

Traduction de l’essai “Misuse of “Effectiveness” Language in Animal Advocacy” de Casey Taft publié le 01 Novembre 2015 sur le site Vegan Publishers

Casey Taft est copropriétaire de Vegan Publishers et professeur de psychiatrie à l’École Universitaire de Médecine de Boston. Chercheur de renommée internationale dans le domaine de la prévention de la violence, il a reçu des prix prestigieux de la société internationale pour les Études sur le Stress Traumatique, de l’institut sur les Violences, Abus et Traumatisme et des Centres de contrôle et de prévention des maladies. Il a publié plus de 100 articles de revues, chapitres de livres et rapports scientifiques, ainsi qu’un livre à paraître sur la prévention de la violence fondée sur les traumatismes, publié par l’Association américaine de psychologie. Il est l’auteur notamment de Millennial Vegan et de Motivational Methods for Vegan Advocacy: A Clinical Psychology Perspective.


De nos jours, le terme “efficace” est souvent utilisé dans les cercles de défense des animaux. Là où je l’ai le plus souvent vu, c’est parmi ceux qui prétendent qu’il est plus efficace de demander aux gens de réduire leur utilisation des animaux plutôt que de l’éliminer. En d’autres termes, ils prétendent qu’il n’est pas efficace de demander à d’autres de devenir vegans.

Par exemple, ce récent article viral de Tobias Leenaert commence par cette prémisse :

Supposons un instant que demander moins que le véganisme est immoral (et que le véganisme est le fondement moral). Mais supposons en même temps — pour le bien de l’argument — que demander “moins que le véganisme” conduit à une réduction plus importante de la souffrance et de la mise à mort des animaux. Dans ce cas, que devrions-nous privilégier : la moralité de notre action ou son impact ? En d’autres termes, devrions-nous— encore une fois en supposant une minute que nous savons avec certitude — utiliser un message moins efficace parce que nous pensons qu’il est plus moral ? — Tobias Leenaert

Le reste de l’essai continue avec cette prémisse hypothétique que demander à d’autres de réduire leur consommation animale est plus efficace que de leur demander de devenir vegan. Le problème avec ceci est qu’il n’y a aucune véritable recherche scientifique publiée (ou même de recherche non publiée à ma connaissance) indiquant qu’il est plus efficace, seulement une spéculation hautement discutable sur les raisons pour lesquelles elle peut être plus efficace, ce qui, à mon avis, va à l’encontre de ce que les psychologues cliniques savent depuis longtemps sur la façon de promouvoir un véritable changement de comportement.

Il y a également eu une prolifération de recherches très biaisées, non publiées et non examinées par des pairs, que j’ai récemment critiqué comme étant pseudo-scientifiques. Ce qui est le plus troublant dans cette recherche, c’est que les conclusions tendent toujours à être conforme à la méthode de plaidoyer de prédilection de la majorité des organisations de défense des animaux, suggérant que nous devrions demander aux autres de simplement “réduire” leur participation à exploitation animale, même lorsque les données n’appuient pas de telles conclusions. En fait, pour l’une de ces études, les données semblaient indiquer le contraire — à savoir que la promotion du véganisme peut conduire au plus grand changement à long terme.

Il existe aussi des groupes Facebook pour une défense “efficace” des animaux. Dans ces espaces, ceux qui prônent la promotion du véganisme en tant que question de justice sociale sont régulièrement rejetés et ceux qui sont en faveur de traiter le véganisme comme un régime alimentaire dominent et semblent généralement d’accord pour dire que nous devrions promouvoir le réductionnisme. Encore une fois, il n’y a pas de données publiées et examinées par des pairs pour étayer de telles allégations d'”efficacité”.

D’autres groupes comme Animal Charity Evaluators sont censés aider ceux qui veulent faire un don à un groupe de défense des animaux en choisissant les organisations les plus “efficaces”. Selon leur énoncé de mission : “La mission d’ACE de trouver et de promouvoir des possibilités très efficaces d’améliorer la vie des animaux commande notre programme de recherche. Nous cherchons à comprendre une grande variété d’activités de défense des animaux au niveau le plus élémentaire afin d’identifier les domaines les plus prometteurs. Nous entreprenons ensuite des recherches plus approfondies sur les interventions et les organisations dans ces domaines, afin d’identifier celles qui ont les preuves d’efficacité les plus solides.

Bien qu’il s’agisse d’un objectif louable, le problème est qu’il n’y a pas de preuves scientifiques quantitatives crédibles et évaluées par des pairs pour indiquer qu’une organisation est plus efficace qu’une autre. Ainsi, on se heurte à un scénario du type “Garbage In, Garbage Out” où les conclusions tirées sont d’une validité douteuse car les données utilisées dans la détermination de l’efficacité sont inexistantes ou erronées. À nouveau, les groupes qui font la promotion du véganisme en tant que question de justice sociale ne sont pas inclus dans la liste des principaux organismes de bienfaisance.

L’image qui se dégage de ce qui précède est qu’il semble y avoir cette fausse affirmation d'”efficacité” parmi ceux qui tentent de faire valoir l’idée que nous devrions éviter de demander aux autres de devenir végan. Nous devons être attentifs à la source de ces affirmations. Si les groupes de défense des animaux peuvent affirmer que leur méthode de plaidoyer réductionniste est “efficace”, ils peuvent alors s’engager dans de telles activités sans inquiéter leurs donateurs. En d’autres termes, ils peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre. Ils peuvent convaincre le monde de la défense des animaux qu’ils s’engagent dans une défense efficace des animaux tout en amenant de plus en plus de dons de non-vegans qui apprécient qu’on ne leur demande pas de devenir vegan.

Je ne prétends pas avoir une connaissance intime de la véritable raison pour laquelle il semble y avoir une telle mauvaise utilisation du mot “efficacité” lorsqu’il s’agit de défense des animaux, mais je peux dire avec certitude que cela n’aide pas les animaux. Si nous voulons prétendre à l’efficacité, nous devrions mener des essais cliniques contrôlés et randomisés afin de déterminer les méthodes les plus efficaces. Les ressources et les méthodes de recherche sont là. Nous avons simplement besoin que les groupes de défense des animaux joignent le geste à la parole s’ils veulent prétendre à l’efficacité. Nous devrions mener des recherches scientifiques honnêtes et rigoureuses sur la défense des animaux ou carrément cesser de parler d’efficacité.

Nous devons également garder à l’esprit les limites de nos méthodes de recherche. Par exemple, il peut être possible de démontrer qu’une forme de plaidoyer est associée à de plus grandes réductions à court terme de la consommation de viande et de produits laitiers qu’une autre chez certains individus, mais cela ne nous dit rien sur la question de savoir si ces individus deviennent vegans à long terme. La création de vegans à vie devrait être notre objectif final, car c’est là que réside le plus grand potentiel pour minimiser le mal fait aux animaux. De plus, si nous continuons à promouvoir l’idée qu’il est acceptable d’exploiter les animaux avec modération, nous échouerons à remettre en question les normes sociétales qui rendent possible toutes les formes d’exploitation animale, garantissant que nous ne verrons jamais la fin de l’utilisation de tous les animaux.

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